La vie a beaucoup plus d'imagination que nous*

Cher Investisseur,

L’année 2020 est marquée par l’apparition d’un virus sournois et mutant. Il endeuille le monde et menace de congestionner les systèmes de santé les plus développés. Les gestes barrières, la distanciation sociale et le confinement étant les seuls remèdes disponibles, une crise sanitaire aux conséquences économiques violentes mais inégales selon les régions du monde et les secteurs d’activité s’est installée. La croissance mondiale, pourtant dynamique en début d’année a été stoppée. Heureusement, partout, un soutien massif et rapide des gouvernements épaulés par les banques centrales a permis d’amortir le choc. L’Eurostoxx 50 finit l’année en baisse de 4,6%, le CAC 40 de 7,1%.

Cette année de pandémie est aussi marquée par une prouesse scientifique exceptionnelle. En moins d’un an, plusieurs vaccins efficaces ont été mis au point et produits en nombre. Une vaccination à marche forcée de la population mondiale ouvre la perspective d’un arrêt des restrictions sanitaires et donc d’une reprise de l’économie. Le profil du redressement reste néanmoins incertain car un match est en cours entre de nouveaux variants parfois très contagieux du virus et les vaccins en cours de diffusion. Les économistes estiment que chaque mois supplémentaire de restriction réduirait d’environ 1 point la progression du PIB mondial que le FMI estime aujourd’hui à +5,2% en 2021.

En attendant, la création monétaire finance les plans de relance et fournit la trésorerie nécessaire aux agents économiques afin d’amortir le choc associé aux limitations d’activité imposées. L’unité de mesure de cette thérapie est le millier de milliards. Chacun se sent donc à l’abri, sous la protection bienveillante des banques centrales. Pourtant, difficile d’imaginer que cette création monétaire financera durablement un endettement croissant à un coût négatif ou nul, sans conséquences sur la solvabilité des entreprises ou des Etats, la solidité du système financier et des monnaies, l’inflation et même la stabilité politique. Il n’y a donc pas d’autre solution que de trouver un chemin mettant fin à cette thérapie de façon ordonnée. Ce sujet stimule déjà l’imagination, tout comme l’écart historique d’évaluation entre les belles et chères valeurs de croissance et notre univers de valeurs décotées.                                                        

*François Truffaut

 

Achevé de rédiger le 15 janvier 2021