Les prévisions vous en disent beaucoup sur ceux qui les font, elle ne vous disent rien sur l'avenir*

Cher Investisseur,

La fin du meilleur des mondes se confirme ce semestre. Les banquiers centraux reconnaissent aujourd’hui qu’ils ont sous-estimé l’ampleur du retour de l’inflation. Les investisseurs découvrent que les banquiers centraux peuvent se tromper. Ce changement de régime brutal de l’inflation plombe le moral des investisseurs, des chefs d’entreprises et des consommateurs. Déjà pénalisée par la guerre en Ukraine et la résurgence récurrente de nouveaux variants de la Covid, notamment en Chine, la croissance mondiale est maintenant sous la menace de politiques monétaires devenues plus restrictives. Plus d’inflation, donc la fin de l’argent magique et des taux en hausse provoquent aussi un réajustement mécanique des évaluations de la plupart des actifs. Les bulles explosent notamment celles des cryptos-actifs ou des start-up. Les actions souffrent aussi. L’Eurostoxx 50 cède 19,8%.

Les banques centrales doivent rattraper le temps perdu. La Fed accélère le rythme des hausses de taux au risque de plomber la croissance. Elle doit casser une spirale de hausse des prix et des salaires en cours de formation. La BCE entame tout juste son combat contre une inflation moins installée mais plus hétérogène. Elle doit aussi préserver la pérennité de l’euro. En théorie, le TPI, son nouvel outil anti-fragmentation, annoncé le 21 juillet, doit prévenir toute nouvelle crise de la dette souveraine. En pratique, c’est une réponse technique à un problème politique. Ce remède ne soigne que les symptômes et non les causes des faiblesses structurelles de la construction européenne. Sa mise en œuvre pourrait bien être laborieuse.

Les investisseurs doivent s’habituer à vivre dans un monde où la croissance est plus rare alors que l’inflation et les taux d’intérêt sont plus élevés. Cette modification historique a provoqué un réajustement mécanique des évaluations ce semestre. Il est brutal mais proportionné. La poursuite du mouvement dépendra de l’effort que devront faire les banques centrales pour contenir une inflation dont la trajectoire va dépendre d’une multitude de facteurs. Les optimistes attendent que l’inflation se calme toute seule. Les pessimistes craignent une stagflation digne des années 70. Dans ce contexte, nous continuons à privilégier un travail d’analyse et d’évaluation de sociétés pour identifier des titres sous-évalués dont les perspectives sont sous-estimées ou les risques surestimés.

*Warren Buffet

Achevé de rédiger le 25 juillet 2022