Si vous m'avez compris, c'est sans doute que je me suis mal exprimé*

Cher Investisseur,

Le trimestre a débuté dans l’optimisme. Il se termine dans la peur. Le pic d’inflation espéré en début d’été tarde à se dessiner. Les banques centrales confirment leur détermination à briser l’étau des anticipations inflationnistes. Les multiples causes de la hausse des prix limitent la visibilité sur son profil futur et donc sur l’ampleur du resserrement monétaire à venir. Seule certitude, les Etats-Unis ont déjà bien avancé sur ce chemin. La BCE s’y engage tout juste avec retard. Son parcours sera semé d’embuches. A la fragmentation potentielle de la zone euro, s’ajoute l’envolée du prix du gaz, de l’électricité ainsi que la hausse du dollar qui entretiennent l’inflation. Les contraintes se multipliant, le discours aujourd’hui martial de Christine Lagarde ne dit rien sur le contenu de ses décisions à venir.

Dans le même temps, le ralentissement rapide de la croissance se confirme. Il n’est pas seulement la conséquence des politiques monétaires plus restrictives. Chaque région du monde affronte des difficultés spécifiques. La Chine paie sa stratégie « 0 covid » et les excès du secteur immobilier. De nombreux pays émergents sont affaiblis par la hausse du dollar. En Europe, le pouvoir d’achat des ménages et la compétitivité des entreprises sont lourdement pénalisés par un gaz et une électricité devenue six fois plus chers qu’aux Etats-Unis. Aux Etats-Unis, le resserrement monétaire produit ses effets en refroidissant une économie mise en surchauffe ces dernières années.

En cette fin de trimestre, le tableau est sombre en particulier en Europe. L’inflation tarde à atteindre son pic, la capacité des banques centrales à créer de l’argent magique se heurte au mur de l’inflation, la croissance s’essouffle. Ce changement de régime se dessinait depuis plusieurs trimestres. Il correspond avant tout à un retour à la normale dans l’univers des taux et conduit à un réajustement brutal des évaluations de toutes les classes d’actifs. La poursuite de ce mouvement dépendra du nouvel équilibre à trouver entre l’inflation, les taux et la croissance. Nous traversons cette période avec une exposition limitée, légèrement au-dessus de 40%, et disposons donc à la fois d’un amortisseur potentiel et de ressources mobilisables pour saisir les opportunités que nous saurons identifier.

*Alan Greespan, Président du conseil de la Reserve fédérale des Etats-Unis de 1987 à 2006

Achevé de rédiger le 12 octobre 2022